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Les potins de Ionard

Les potins de Ionard

Mon village natal, Gourdon-Murat, terre de landes , de bois et de bruyères en Corrèze. La ferme de la Grande Ourse et son jardin. L'histoire de mes ancêtres : de Napoléon -guerre de 14-18 - guerre d'Espagne - Résistance. La cuisine que j'aime. Mes pinceaux. Balade en moto.


Hasta siempre, Damien

Publié par Ionard sur 30 Octobre 2014, 00:44am

Catégories : #Damien Magnaval Brigadiste

Article de Denise Brédimus à paraître dans l'Echo

Hasta siempre, Damien!
Le 26 octobre dernier, sous un ciel d'automne lumineux, un cortège encore plus dense que l'an passé, précédé de six porte-drapeaux (municipalité, ACER, ANACR, ARAC, PCF), du conseiller général Christophe Petit, des maires de Gourdon-Murat, Grandsaigne, Lestards et Pradines avec d'autres élus, s' est ébranlé jusqu'à la stèle à l'effigie de Damien Magnaval, où se déployait un grand drapeau violet-jaune-rouge aux couleurs de la République espagnole, près de sa maison natale.
Le maire de Gourdon-Murat, Jacques Joffre, remercia l'assistance et les associations : l'ACER (Amis des Combattants en Espagne républicaine venus de Paris en forte délégation), l'ANACR de Chamboulive et de Treignac, l'ARAC de St-Jal, le PCF (fédération de la Corrèze et section Pradines/Bugeat). Il retraça le parcours de Damien, ce fils de paysans gourdonnais parti en région parisienne comme maçon puis chauffeur de taxis, élu par ses compagnons de labeur pour les défendre. Au-delà des luttes en France qui en 1936 aboutirent au Front populaire, ce militant communiste, alerté par les menaces hitlériennes d'une seconde guerre mondiale, partit combattre en Espagne, pour la liberté du peuple espagnol et pour la nôtre, ainsi que 40.000 volontaires de 53 nations. Il le paya de sa vie sur le front de l'Ebre en 1938, à l'âge de 33 ans, comme 3.000 autres ( sur les 8.000 volontaires Français).
Karim Asnoun, mandaté par la Chambre syndicale et la Mutuelle des cochers-chauffeurs de taxis CGT, est intervenu en ces termes (extraits) : ..."Damien et ses compagnons avaient compris qu'il fallait combattre le fascisme aux côtés du peuple espagnol pour défendre la liberté et les avancées de la République. Ces valeurs universelles, qui lui ont coûté la vie et que nous tentons encore aujourd'hui de défendre, sont toujours mises à mal par le grand capital... L'allégeance du nouveau gouvernement Hollande aux forces de l'argent fait que les acquis sociaux et les protections sociales sont rognés. De par le monde, la ville de Kobané en Syrie risque le bain de sang... comme la tempête de bombes et de feu déclenchée par le gouvernement israélien sans aucune justification, tuant des centaines de civils dont de nombreux enfants et en blessant des milliers, sous les yeux d'un monde passif. Rappelons que la France a officiellement soutenu ce massacre dans un communiqué du 9 juillet 2014... Chers camarades, l'hommage que nous rendons à Damien et à nos martyrs doit donc avoir valeur d'engagement à continuer la lutte pour la défense des Droits de l'Homme et des travailleurs partout où ils sont remis en cause et contre les nostalgiques du fascisme...".


Paloma Leon, enfant de l'exil, a ensuite apporté son témoignage (extraits) : ..."Vous m'avez demandé de parler des Espagnols arrivés en Corrèze. C'est beaucoup d'émotion et de responsabilité, car je me vois soudain la descendante de quelque 2.000 hommes, femmes et enfants que l'administration française assigna à résidence sur le territoire corrézien. Vous me demandez d'être leur voix, de les sortir de l'oubli où ils seraient tombés si leurs descendants, mêlés à la volonté solidaire du peuple de Corrèze, ne cultivaient leur souvenir... Leur histoire est tragique. Elle commença pourtant comme une fête lors de l'avènement de la République en 1931, puis du Front populaire en février 1936. Mais elle fut de courte durée et ils durent payer très cher l'espoir mis en marche. L'oligarchie, l'église, l'armée - appuyés par le fascisme européen - mirent l'Espagne à feu et à sang. Le peuple espagnol fit face avec courage seul, presque sans armes. La solidarité leur fut offerte par les peuples, ouvriers, paysans, intellectuels qui formèrent les Brigades internationales, leurs gouvernements faisant preuve d'une lâcheté honteuse. Vous connaissez la suite, la défaite qu'ils portèrent comme un fardeau en traversant la frontière : 500.000 hommes, femmes, enfants entrèrent en France dans un chaos indescriptible, en plein hiver de février 1939. Tandis que des officiers de la police et de l'armée française saluaient l'arrivée des troupes fascistes à la frontière française, d'autres humiliaient, maltraitaient et parquaient ces réfugiés dans des camps le long de la côte méditerranéenne et dans les Pyrénées. Puis on les convoya dans de nombreux départements, soit dans des villages, soit dans des camps pour les hommes. En Corrèze, il en arriva quelque 2.000 qu'il fallut loger... Les hommes furent regroupés dans des CTE puis GTE à Soudeilles, Tulle, Brive etc... On n'oublia pas de leur réserver un camp disciplinaire pour les têtes brûlées, disait-on... ces rouges au couteau entre les dents, prêts à mettre à feu et à sang les églises, couvents et à attenter aux bonnes moeurs. Il suffit de consulter les Achives départementales pour comprendre comment le gouvernement français considérait les réfugiés espagnols : non pas comme des ressortissants d'un gouvernement légal et ami, mais comme des indésirables, des parias. On ne lésina guère sur la diffuusion de l'appel de Franco incitant les réfugiés à revenir en Espagne. Dans les archives pourtant, on trouve également des lettres de protestation aux conditions faites aux femmes dans les centres de réfugiés, celles d'habitants dénonçant les conditions précaires dans lesquelles elles vivaient... Ce qu'on trouve peu, c'est la solidarité qu'ont déployée les Corréziens à l'arrivée des réfugiés. Atravers les années, je reçois des témoignages d'hommes et de femmes qui se souviennent de leur présence en termes chaleureux, soulignant leur courage, leur bonne humeur. Et la reconnaissance fut mutuelle. Moi qui suis fille de républicains espagnols, née en Corrèze, je sais ce qu'ils doivent à la solidarité des Corréziens et mes parents m'ont transmis l'amour de cette terre. Il est d'autant plus fort que des hommes et des femmes ont sacrifié leur vie pour la liberté des Espagnols et de tous en Europe. Les républicains espagnols, leurs descendants sont profondément reconnaissants aux Brigades internationales. Ils l'ont montré lors du défilé d'hommage et d'adieu aux Brigades, à Barcelone et aussi en 1994, à Vaciamadrid où l'écrivain Almudena Grandes rappelait le discours de Dolores Ibarruri aux Brigades : "Vous pouvez partir la tête haute, vous êtes l'Histoire, vous êtes légende, vous êtes l'exemple héroÏque de l'universalité de la solidarité et de la démocratie et, lorsque l'olivier de la paix reverdira, revenez!" Damien lui, est resté pour toujours en terre espagnole, après être tombé aux côtés des soldats de la République, mais il est de ceux à qui le gouvernement espagnol en 1996 a donné la nationalité espagnole. Il est Corrézien, Français et Espagnol. Mais avant tout, il est Histoire et légende, il est l'exemple de l'universalité de la solidarité."


La dernière intervenante a été Dany Clémenceau-Magnaval, nièce de Damien, entourée de sa famille (nièces, neveu et leurs descendants) qui a donné lecture d'une lettre de son oncle adressée à son père Louis datée du 21 avril 1935 particulièrement émouvante dans la simplicité d'un style de belle facture.

Au final, "El paso del Ebro", déjà chanté par les partisans espagnols qui luttaient contre les armées napoléoniennes et qui fut le Chant de l'Ebre, la plus grande bataille d'extermination de la guerre d'Espagne, s'éleva au-dessus du sumac (qui n"avait pas oublié de rougir!). On se retrouva à la salle polyvalente autour de tortillas, sangrias et amuse-gueules bugeacois, au son rythmé par la guitare de Pascal Gabay, dans un florilège de chants de la guerre d'Espagne, accompagné par son complice Roberto Lample, tous deux membres du bureau de l'ACER. Le repas des 19 convives à Lestards "Chez Monique" fut des plus animés et plantureux.

Toute la cérémonie a été filmé par l'équipe de Télémillevaches en vue d'un magazine prochain sur l'histoire de Damien Magnaval.

Hasta siempre, Damien
Hasta siempre, Damien
Hasta siempre, Damien
Hasta siempre, Damien
Hasta siempre, Damien
Hasta siempre, Damien
Hasta siempre, Damien
Hasta siempre, Damien
Hasta siempre, Damien
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Quichottine 04/11/2014 19:57

Ceux qui partent resteront toujours dans nos coeurs Dany.

Surtout lorsqu'ils ont à ce point compté.
Je t'embrasse très fort.

marie jo 30/10/2014 17:34

bel et émouvant article !

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