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Les potins de Ionard

Les potins de Ionard

Mon village natal, Gourdon-Murat, terre de landes , de bois et de bruyères en Corrèze. La ferme de la Grande Ourse et son jardin. L'histoire de mes ancêtres : de Napoléon -guerre de 14-18 - guerre d'Espagne - Résistance. La cuisine que j'aime. Mes pinceaux. Balade en moto.


La conscription

Publié par Ionard sur 28 Janvier 2017, 01:34am

Catégories : #Gourdon - canton et environ

La conscription

Extrait de la légende du tisserand, du tailleur et du berger


Pour le plaisir de lire encore la belle écriture d'André Léo, je vous propose quelques lignes ;


Nous sommes en 1854 -1856 en pleine guerre de Crimée


"Par malheur, car il y a toujours du malheur au monde (et comme s'il n'y avait pas assez de celui qui vient d'accident, il y a les malheurs que les hommes se font), par malheur donc,en même temps qu'arrivaient les beaux vingt ans de Baptiste, arriva pour lui la conscription. Ils attendaient qu'elle fut passée pour se marier. Les amoureux ,à raison de la fête qu'ils ont dans le coeur, ne croient guère à la male chance, pourtant ce fut le mauvais lot que tira Baptiste. Quand il déplia le numéro 3, le coeur lui manqua, et, s'appuyant contre la cloison, il resta tout étourdi, ne sachant plus où il en était, n'ayant qu'une idée, c'est qu'il était séparé de Mélie. Elle était là tout proche,au dehors,le coeur en peine, l'attendant; mais il semblait au pauvre garçon, tout ébloui de chagrin, qu'il ne pourrait plus la rejoindre, et il voyait ,long comme une route qui irait d'un bout à l'autre du monde sept ans de distance entre elle et lui.
Ce furent, comme toujours, des cris,des larmes,la désolation de toute la famille, sans compter les autres qui étaient frappés de la même façon.
- J'ai passé par là, moi aussi, dit la Chambelaude, en écrasant une larme, qui était venue mouiller ses yeux, et je sais que lorsqu'on a élevé de son sang, de son coeur et de ses veilles, si malaisément, avec tant d'amour et de souci, un enfant jusqu'à ses vingt ans, ce n'était pas, non! pour jeter cette fleur de vie, ce cher fruit de tant de peines, sous les pieds des chevaux et dans la gueule des canons!
Il m'a toujours semblé, les jours de tirage, en voyant les pauvres conscrits transis et tout blêmes, et les parents crier autour d'eux, que nous sommes comme ces troupeaux qu'on mène à la boucherie et qui, inquiets et bêlants, s'y rendent tout de même, avec leur moutonnerie, sans chercher à s'échapper. Nous obéissons à cette habitude là sans savoir pourquoi, sans le demander même, avec ce respect bête qu'on a pour les choses mystérieuses, et qui viennent de loin. Ce que nous donnons ainsi, cependant,est le plus pur de notre sang et le plus cher de notre âme; mais les gens ne laissent point d'y consentir, et bien qu'ils aient à présent, à ce qu'on prétend,le gouvernement d'eux mêmes, ils seront peut-être longtemps encore à s'aviser de savoir pourquoi ils se font tuer. Je sais bien qu'on dit: c'est pour la défense du pays; mais ce n'est pas vrai. Le plus souvent, c'est nous qui allons chez les autres, et ce n'est qu'à force d'être taquinés, que les autres viennent chez nous à leur tour. C'est donc pour le mal et non pour le bien, que nous nous laissons prendre nos pauvres enfants par des hommes que nous ne connaissons guère, sinon point du tout, et qui en ordonnent à leur idée, ne nous les rendant, quand ils nous les rendent hélas!,que déshabitués de nos coutumes, débauchés et fainéants. Ah! si c'était pour la défense du pays, à la bonne heure! les mères elles mêmes diraient les premières: En avant! et vive la France! On l'a bien vu dans la République, lorsque est parti de chez nous pour courir à la frontière, un bataillon de vrais hommes, le bataillon corrézien,qui fit des merveilles à ce qu'on rapporte; et ces conscrits-là n'avaient point la larme à l'oeil, mais la flamme; parce qu'ils combattaient, le sachant bien pour la justice et le droit.
- Voilà des idées révolutionnaires, dis-je en souriant à la Chambelaude.
Elle me répondit tranquillement
- C'est bien possible."
Et pour faire un lien avec mon village, lors de relevés en généalogie sur Gourdon-Murat, un jeune homme trouva la mort durant cette guerre de Crimée , Jean Farges.

La conscription
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Nina 29/01/2017 15:04

Merci pour ce cours d'histoire qui rafraîchit la mémoire sur la guerre de Crimée.

Quichottine 28/01/2017 11:03

Ah les conscrits...
Ce récit montre bien ce que c'était autrefois et dit aussi la réalité de nos guerres...
Merci à toi pour ce partage, Dany.
Bises et douce journée.

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