Recherche Line désespérement! (3)

Bibliothèque Marguerite Durand
C'est une bibliothèque qui est consacrée à la cause des femmes, à leur condition au cours des siècles, à leur rôle dans la société et
dans leur famille, à leur travail, à leurs oeuvres littéraires et artistiques et à leurs diverses activités.
Je prends contact par téléphone pour m'assurer des heures d'ouverture.
La bibliothèque se situe 79 , rue Nationale à Paris dans le 13ème métro Tolbiac ou bus 62 ou 83 , ouverture du mardi au samedi de 14h
à 18h.
Une dame très gentiment m'explique que c'est un endroit où l'on consulte les ouvrages sur place et elle s'enquiert de ma recherche..
Après lui avoir dit succintement ce qui m'avait amenée là, je lui dis que j'aimerais consulter un article sur Line Paulet et je lui donne les côtes du
document. Elle m'assure qu'elle va le chercher pour le mettre à ma disposition.
J'y vais donc le lendemain . Un peu anxieuse, je ne connais pas ce quartier là, j'arrive devant une grande batisse la médiathèque Henri Verneuil, la bibliothèque se trouve
au premier ou au deuxième étage (du coup je ne sais même plus!)
Têtes penchées sur de vieux documents à la recherche de l'article tant convoité, un silence particulier règne dans ce lieu.
Je dois remplir un questionnaire et très vite lorsque j'annonce mon nom et ce que je recherche, une dame me dit avec un sourire satisfait " et bien je crois que
vous allez être contente.... ce n'est pas un article que nous vous avons trouvé mais plusieurs!!! Line Paulet était
directrice de la Revue "Pour la Femme' en 1928. Je vous ai fait cette photocopie :
et je vous ai préparé ce microfilm où vous allez trouvé plusieurs de ses articles .
Je me suis assise devant une énorme visionneuse et ébahie j'ai lu.
Vrai lorsqu'on avait parlé les premières fois de cette grande tante, un peu vite j'avais pensé que si elle avait quelques particularités c'étaient celle d'une femme légère et extravagante.
Et là je découvrais une femme de plume, une suffragette qui s'était battue pour le droit de vote des femmes et d'une modernité qui me laissait sans voix.
J'ai fait des photocopies, un peu dans le désordre tellement j'étais surexcitée devant ce trésor que je venais de découvrir.
Voilà la page de garde de Don Quichotte qui deviendra par la suite 'Pour la Femme'
Et deux articles suivent en date d'avril 1928
l'un de Maurice Bedel Prix Goncourt 1927
Bienvenue
On m’annonce une revue féministe.
Entrez, chère revue féministe.
Mais comme vous voilà belle et comme vous sentez bon !
Vous êtes en robe de crêpe de satin, vous portez un petit feutre sur l’œil, vos bas de soie à baguettes ont des transparences roses….hé bien je suis votre ami. Vive le féminisme qui sent le lilas
blanc, qui s’habille en jolie femme qui ne rougit pas d’avoir du rouge aux joues ! L’avenir est à lui.
Vous souriez. Je suis très sérieux. Je suis féministe. Je suis pour le vote des femmes, pour leur éligibilité. Je veux les voir à la tête des affaires municipales, des théâtres subventionnés, des
ministères de la Défense Nationale, de Prévoyance sociale.
Mais qu’elles restent femmes !
C’est pour le féminisme français une question de vie ou de mort.
L'autre de Louis Martin*
Député du Var
Salut
Salut à Don Quichotte, intrépide chevalier de l’idéal. Le voici derechef armé de pied en cap, prêt pour la justice, à tous les combats. Ce ne sont plus des géants qu’il vient affronter pour faire
prévaloir les charmes de la belle Dulcinée du Toboso ou pour venger et rassurer les opprimés, ni les moulins à vent.
Les géants se sont depuis longtemps évanouis de ce bas monde, les moulins à vent ont cessé de moudre. Les ennemis de Don Quichotte, de cet indestructible champion du droit, ce sont, aujourd’hui,
les préjugés dont nous sommes encore tout imprégnés, particulièrement celui contre les femmes.
En droit privé, l’un des maîtres de la législation comparée a pu dire : « Dès que les deux sexes sont en conflit l’un avec l’autre, les droits des femmes sont méconnus, foulés au pied par
la loi française ; » En droit public, la femme n’a aucune voix au chapitre, elle ne compte pas, elle n’est rien.
Premier article de Line Paulet
A lire vraiment jusqu'au bout........ étonnant comme c'est pratiquement encore d'actualité! J'ai recopié exactement l'article tel qu'il est paru avec un f
majuscule pour Femme!
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Don Quichotte renaît aujourd’hui. Toujours aussi
combatif et chevaleresque que jadis, il abandonne un instant ses chimères pour prendre en main la défense de la Femme. La lutte sera chaude. Ses ennemis - les préjugés, la routine, l’inertie -
sont en effet aussi redoutables et inaccessibles que les moulins à vent d’autrefois. Mais il ne désespère pas d’en venir à bout, car, pour combattre ses ennemis modernes, il a pris des armes
modernes. Sa lance, désormais inutile, a fait place à la plume. Grâce à elle, il renversera, comme des châteaux de cartes, les obstacles qui, jusqu’à ce jour, ont interdit à la Femme d’être
l’égale de l’homme devant la loi.
Car hélas ! dans notre pays, légalement, la Femme est toujours sous la tutelle de l’Homme.
Cependant, la première en 1789, la
France a osé secouer le joug qui lui pesait, la première, elle a osé faire figurer dans sa nouvelle devise le mot : Egalité. Un à un lentement ses voisins l’ont suivie. Ils l’ont, maintenant,
pour la plupart, devancée en reconnaissant l’égalité des sexes .
Qu’attend donc la France pour formuler à son tour les droits de la Femme, Elle qui eut l’audace, car c’était de l’audace, en ce
temps, de proclamer les droits de l’homme ?
Ce ne serait pourtant qu’une œuvre de pure justice, que l’application intégrale de l’article 6 de cette Déclaration qui, depuis près
de deux siècles, a toujours été à la base des constitutions données à la France.
« La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont le droit de concourir personnellement ou par leurs
représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les citoyens étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes
dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celles de leurs vertus et de leurs talents. »
Peut-on soutenir encore aujourd’hui que la loi est , en France, l’expression de la volonté générale, quand il est interdit aux
femmes, dont le nombre est cependant supérieur à celui des hommes, de manifester leur volonté ?
Peut-on dire que tous les citoyens ont le droit de concourir à sa formation, quand ce droit est refusé à la Femme, même en ce qui concerne les lois spécialement édictées pour Elle ?
Peut-on dire que la loi est la même pour tous, quand le travail n’est pas payé au même taux,
selon que c’est un homme ou une Femme qui l’a fourni ?
Peut-on prétendre que tous les citoyens sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, quand la Femme en
est systématiquement écartée, quels que soient ses capacités, ses vertus, ses talents ?
Ces injustices n’ont déjà que trop duré.
La femme revendique aujourd’hui tous les droits civiques, car elle a compris que tant qu’elle n’aurait pas une voix officielle pour
se défendre elle-même, aucune voix masculine ne sera assez forte pour défendre ses intérêts. La Femme demande le droit d’accéder à tous les postes, quels qu’ils soient et certes, ce n’est pas
parce qu’elle est avide de gloire ou jalouse des honneurs réservés à l’homme, c’est tout simplement pour être en mesure de défendre ses droits.
Elle n’ignore pas les charges et responsabilités qui l’attendent mais elle se sent assez forte pour les supporter, soutenue par la
grandeur de l’œuvre qu’elle aura à entreprendre : faire de la Femme un citoyen.
Mais s’il faut que la Femme française vote et soit éligible, ce n’est pas uniquement parce que la justice et le droit l’exigent ; ce
n’est pas non plus uniquement pour lui permettre de défendre ses propres intérêts ; c’est parce que c’est l’intérêt même du pays. La France ne veut pas le reconnaître. Cependant, en Europe seule,
sur les 28 états qui la constituent, 17, et non des moindres, l’ont compris puisqu’ils ont accordé à la Femme tous les droits politiques ; 4 autres plus timorés, lui ont accordé tout ou partie
des droits municipaux. Aucun de ceux ci n’a eu à le regretter, la plupart s’en félicitent.
Dans ces états grâce à la Femme, les œuvres sociales ont pris une ampleur nouvelle, l’hygiène s’est développé, l’enfance a trouvé la
protection qui lui était nécessaire: la moralité publique s’est affermie.
L’expérience est faite. Mais aussi utile et intéressante soit-elle, elle n’était pas nécessaire. Les bienfaits résultant de la
collaboration des deux sexes dans les affaires publiques pouvaient, en effet, se prévoir sans peine. La Patrie n’est elle pas une grande famille ? Comme elle, elle ne peut vivre et prospérer que
tant que la Femme est aux côtés de l’homme pour le conseiller, l’encourager, le consoler, créer et former les générations futures, leur donner l’empreinte qui restera marquée à tout jamais. Que
la Femme vienne à disparaître du foyer, la famille est bientôt dispersée, car, aucune entreprise ne peut être durable et féconde si le cœur de la Femme n’est là pour l’animer.
Il faut que la France, à son tour, utilise la grande force sociale qu’est la force féministe, la seule capable de lui donner
l’impulsion nouvelle qui lui manque aujourd’hui.
Au cours de la dernière tourmente, la Femme française a montré ce qu’elle était capable de faire pour le pays. En temps de
paix, son œuvre ne pourrait être que plus grande et plus bienfaisante encore.
La Chambre des Députés l’a compris, puisqu’au lendemain de la guerre, reconnaissant les services rendus par la Femme aux cours des
hostilités, elle votait une loi stipulant que tous les citoyens français, sans distinction de sexe, étaient électeurs et éligibles dans toutes les assemblées élues.
Cette proposition a succombé, il y a cinq ans, devant un vote du Sénat. C’est à peine si aujourd’hui cette assemblée envisage
timidement la possibilité d’accorder à la Femme le vote municipal.
C’est donc le Sénat qu’il semble qu’il y ait lieu de convaincre.
Nous espérons que, mieux inspiré, il voudra bien se rendre au vœu des 20 millions de Françaises qui revendiquent le droit de vivre,
travailler et mourir, s’il le faut, pour leur Pays.
Line Paulet
à suivre....
* un lien pour lire un échange de lettres entre Louis Martin et Mr Aristide Briand
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