CORREZE, l'élagage la mort dans l'arbre
Les photos qui circulent donnent à voir des paysages désolés, faits d’essences déchirées ou de souches arrachées. Sycomore Dubreuil
Article retenu par mon amie Denise abonnée à L'HUMANITE
Patrimoine. Corrèze, l’élagage la mort dans l’arbre
MARIE-NOËLLE BERTRAND
VENDREDI, 30 MARS, 2018
L'HUMANITÉ
Une campagne de coupe commandée par le conseil départemental tourne au désastre paysager et provoque une insubordination des habitants.
Mais quel termite a piqué le département de la Corrèze ? En commandant, à l’automne dernier, un élagage expéditif des arbres bordant ses routes, le conseil départemental a semé un vent de panique qui lui vaut de récolter, le printemps arrivant, une tempête de malédictions. L’affaire s’est emparée des réseaux sociaux et a rebondi dans la presse locale. Si le Ministère de la Transition écologique et solidaire n'en a pas encore eu ouï dire, cela ne saurait tarder.
Une lettre doit être envoyée ce samedi à Nicolas Hulot. Ni par la Poste,ni par courriel. Mais à vélo histoire de faire le buzz. " Ce ne sera pas une balade, mais une opération du désespoir." explique Sébastien Birou, arboriste-grimpeur(élagueur), volontaire pour pédaler jusqu'à Paris."S'il faut camper devant le Ministère, je camperai, du moment que cela mette fin au saccage."
Car depuis cet hiver,des arbres tombent en Corrèze, branche après branche,voire par parcelles entières. La faute à Pascal Coste, le président LR du conseil départemental, accusent ceux qui s'en émeuvent et l'implorent de reconsidérer cet ordre tombé début septembre. Quelques 28000 Corréziens, propriétaires de terrains longeant les routes départementales, recevaient alors une missive leur intimant de procéder à l'élagage rapide de leurs arbres situés en bordure de chaussée. L'enjeu,expliquait Pascal Coste, était de permettre le déploiement aérien, sur 4700 km de routes, "du projet 100% fibre 2021".Les propriétaires avaient jusqu'à fin février pour s'exécuter. "En cas de non -réalisation", prévenait le département, la collectivité procédera, après mise en demeure,à l'exécution d'office des travaux nécessaires et mettra à la charge des propriétaires(...)les frais engagés"
Très vite, quelques passionnés s'inquiètent de la disproportion de l'ultimatum. Imposant un élagage sur toute la hauteur de l'arbre, n'autorisant aucune branche à dépasser sur la chaussée,'le schéma de coupe allait à l'encontre de tout ce que nous recommandons" raconte Sébastien Feuillade, arboriste-grimpeur. Un arbre, explique-t-il, a une architecture. Il faut veiller aux angles de coupe, respecter les volumes, jauger les proportions. Et surtout parler le végétal. "Si vous retirez une grosse branche en hauteur, vous provoquer une déficit de photosynthèse. Pour compenser, l'arbre crée de nouveaux rejets:en peu de temps ces derniers repoussent dans les fils électriques."
L'injonction, en outre,ne faisait pas de distinguo entre arbres remarquables ou communs, ni ne se préoccupaient de la biodiversité. Pis; elle menaçait de sanctions financières les propriétaires, sans leur proposer d'accompagnement." Ici, la terre n'est pas chère, les gens possèdent de la surface",explique Agnès Longevialle, concernée par l'affaire. "La hauteur des arbres rend le travail difficile, voire irréalisable pour les plus âgés. Et les entreprises demandent autour de 150€ les 100 mètres de chaussée à traiter. Alors que le département nous parlait quant à lui d'une facture de 5€ le mètre."Elle-même possèdant 600 mètres en bord de route, la douloureuse qui lui pend au nez oscille entre 900 et 3000€.
Beaucoup ont fait le même calcul. Et certains ont paniqué, choisissant, la mort dans l'âme parfois, d'abattre des arbres avec lesquels ils vivaient depuis toujours. "Les arbres, c'est quelque chose de profond en Corrèze. Ce sont eux qui font sa singularité" rappelle Louis Dubreuil de la Société Française d'arboriculture, engagé dans la joute contre le Conseil Départemental. "Dans certains coins, poursuit-il, on croirait qu'une bombe est tombée. Comme si les gens avaient été pris d'une folie destructrice et s'étaient dit :"Puisque c'est ça, j'arrache tout!"
Des marchands de bois ont, dit-on, aggravé le saccage, en proposant aux propriétaires de couper leurs arbres pour rien, à condition d'étendre le travail à d'autres parcelles afin de se payer en nature. Quoi qu'il en soit, l'hiver arrivé, châtaigniers, gros chênes et vieux hêtres sont tombés comme des feuilles.
Les photos qui circulent donnent à voir des paysages désolés, faits d'essences déchirées ou de souches arrachées."Le département a entraîné la population dans un processus de destruction de son patrimoine". vitupère Louis Dubreuil.
"Nous ne demandons pas d'interdire l'élagage, expose Sébastien Feuillade, mais de procéder dans les règles de l'art, en conservant une voûte de branches à 7-8 mètres de hauteur et en prenant le temps au cas par cas afin de préserver la qualité paysagère."
Mi-février- et après quelques lettres à Pascal Coste- les associations ont finalement été invitées à un comité de pilotage. Le département a mis de l'eau dans son vin, autorisant le maintien d'une voûte de branches- mais à 14 mètres de hauteur.
"Retirez une grosse branche en hauteur et il y aura un déficit de photosynthèse."
..et repoussant le délai d'exécution de l'égalage au 31 mars. Une goutte d'eau, estiment ses opposants, qui continuent de demander un moratoire.Et s'interrogeant sur l'obstination du département à vouloir élaguer de façon aussi précipitée. " Aujourd'hui,il n'évoque plus la fibre optique, mais la dégradation de la chaussée provoquée par les gouttes d'eau tombant des feuilles...."relève Agnès Longevialle. Fautes de réponses concluantes, les rumeurs vont bon train. On entend parler de magouilles,ou d'une opération visant à renflouer les usines à bois. Contacté à plusieurs reprises par l'Humanité, le département n'a pas répondu à nos sollicitations."
Le dernier paragraphe de cet article m'a interpellée (lol), surtout après une analyse des réponses faites à propos de l'enquête publique sur l'usine à pellets torréfiés.
Parmi les réponses fournies par la Société Carbon Ingen'r aux observations faites et questions posées pendant l'enquête publique
On trouve ceci
Question : Dans la population, il y a un vif débat sur la pérennité de la forêt et sur la pratique des coupes rases, alors que dans d’autres régions et d’autres pays on abandonne cette pratique. Qu’en est-il ?.
Réponse : La collecte des souches et rémanents intervient en dernière opération sylvicole avant replantation, suite à la réalisation de la coupe rase, ….
Question : En cas d’insuffisance des rémanents, par quoi les remplace-t-on ?
Réponse : En fonction des opportunités de marchés, par exemple, il sera possible d’intégrer des volumes d’élagage en lien avec le programme fibre du département….
C'est écrit!!!!!!
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