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Les potins de Ionard

Les Millevaches toujours en résistance

6 Janvier 2011 , Rédigé par Ionard Publié dans #Echos de Liberté

Lors de l'exposition sur la guerre d'Espagne à Gourdon, alors que les visiteurs étaient en petit nombre, nous avions été très surpris de voir arriver deux journalistes de Libération, Lilian Alemagna et Marc Chaumeil.

Ils n'étaient pas là pour l'expo... mais pour parler avec Denise à propos des 90 ans du PCF.

Nous attendions Libé avec impatience! 

Ce numéro est paru le 21 décembre 2010.

Voilà l'article dans son intégralité. Il est un peu long.... mais je sais que beaucoup le liront jusqu'au bout!

 

Libération 21/12/2010

Les Millevaches, toujours en résistance

GRAND ANGLE

 

Par LILIAN ALEMAGNA Envoyé spécial à Bugeat (Corrèze)

1920-2010, les 90 ans du PCF (1/2) Terre d’émigration et de révoltes paysannes, la Corrèze fut l’un des creusets du communisme rural. Elle en reste un bastion, forte de la mémoire du maquis.

Un béret vert et usé sur le crâne, les avant-bras posés sur la toile cirée de sa salle à manger surchauffée, Jean Plazanet, 72 ans, fronce un œil, esquisse un sourire et une fausse menace : «Le Parti communiste, on l’a déjà enterré plusieurs fois… Mais faites attention, des fois, les morts, ils se réveillent.» En Haute-Corrèze, chez cet ancien maire de Tarnac, le PCF est bien vivant. Vieillissant mais plutôt en forme. Ici, dans le canton de Bugeat, la moitié des maires ont l’étiquette PCF. Aux dernières élections régionales, la liste d’union «Limousin, terre de gauche» - qui regroupait notamment le PCF, le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon et le Nouveau Parti anticapitaliste - a raflé 40,7% des voix au second tour. Ajoutez-y les voix de la liste socialiste et vous obtenez une gauche qui culmine à 70%.

 

 

Certes, «ce résultat est d’abord lié à Christian Audoin, [tête de liste PCF et ex-conseiller général du canton]. C’était d’abord une candidature qui rassemblait plus largement que les voix communistes», tempère Danielle Terracol, maire du petit village de Toy-Viam. Mais sur une terre qui a choisi le communisme dès le congrès de Tours, la strate rouge PCF est encore épaisse. «Au conseil municipal de Tarnac, sur treize membres SFIO [Section française de l’Internationale ouvrière], dix sont passés à la SFIC[Section française de l’Internationale communiste]» fin décembre 1920 avant de prendre l’étiquette PCF en 1921, raconte Jean Plazanet. Son grand-père était l’un d’eux. Comme 80% des militants et élus SFIO corréziens de l’époque, il a fait le choix de la IIIe Internationale pour une raison principale : «La collaboration de la SFIO avec la droite et la boucherie de 1914... Ça, ils ne l’ont pas accepté», appuie le vieil homme.

 

Sur ce plateau de Millevaches, au-dessus de Tulle et Limoges, le communisme rural germe avec l’émigration des paysans vers Paris à la fin du XIXe siècle. Les Auvergnats avaient choisi les bistrots, les Creusois voisins s’étaient fait un nom dans la maçonnerie, les Corréziens ont fait dans le transport : cochers de fiacre. Six mois à la ville à faire «l’expérience de la conscience de classe» dans les syndicats, puis six mois de retour sur les contreforts du Massif central à s’occuper du bétail et de champs difficiles. «Expérience» reproduite par les ouvriers installés tout au long du XXe siècle dans la banlieue rouge de Paris. «Quand on fait ces mouvements, on est confronté à d’autres idées», dit Jean Plazanet. «Celles de la CGT pour défendre le monde du travail», précise Maurice Fournial, 72 ans, ancien agriculteur et trente-deux années de secrétariat de cellule à Bugeat.

altair 0277-1                                             Jean-François Ensergueix

Dans la salle gelée du conseil municipal du village de Grandsaigne, on avance d’autres raisons : les révoltes paysannes du XIXe siècle, la culture «rebelle», de «résistance» sur une terre au climat rude, l’isolement sur un plateau coupé du reste de la plaine les mois l’hiver, le travail en commun dans les petites fermes.«Quand on devait battre le seigle ensemble, la question du collectif ne se posait pas, elle se faisait», assure Pascal Bagnarolle, responsable de la fédération de Corrèze. Pour lui, les petites exploitations, le refus - et l’impossibilité - d’une agriculture intensive et productiviste, les difficultés face à la concurrence des grands exploitants ont maintenu en partie le vote PCF. Jusqu’à remettre en cause le principe de la propriété privée ? «Ici, on n’est pas dans un système soviétique, dit en souriant Pierrot Lagnitre, 71 ans et responsable de la petite section de Bugeat (cinquante-six adhérents). Les gens avaient tellement eu de mal à avoir un petit bien, un bout de terre qu’il était impossible de mettre les terres en commun. Le Français n’est pas dans cette optique, même communiste.»

DSC08074-1                                               Marcel Plas et Pierrot Lagnitre

«Il faut que je continue à militer»

 

Plutôt que la «collectivisation», on opte pour la «mutualisation» des outils et d’une partie de la production : coopérative entre les villages de Grandsaigne et Pradines, l’achat d’un premier tracteur pour permettre à tous de transporter les bêtes à la foire.«C’est le vécu qui fait que l’idée de communisme reste enracinée ici», dit d’une grosse voix Marcel Plas, 63 ans, adjoint au maire de Grandsaigne. L’homme n’a plus sa carte au PCF depuis la période Robert Hue. Mais les «idées», on ne les lui «enlèvera pas» surtout avec les difficultés économiques que les agriculteurs connaissent aujourd’hui. «Vous ne pouvez pas sortir le canton du contexte national et international», fait valoir Pierrot Lagnitre. Ni des événements historiques.

DSC08078-1                                                      Jean Madranges

Les réfractaires du STO, communistes ou non, sont venus grossir les petites unités résistantes cachées dans les forêts alentours. La figure du «préfet» communiste, Georges Guingouin, leader de la Résistance en Limousin, revient dans toutes les conversations. La Résistance - et aujourd’hui son souvenir - maintient une sympathie pour le PCF. «Guingouin était assis là. A votre place», pointe du doigt Jean Plazanet, racontant comment il écoutait, sous la grande table de la salle à manger, les conversations entre le chef de la Résistance locale et son grand-père. «La Résistance a eu un fort impact ici. Plus moral que militaire», poursuit-il. Le vieil homme évoque quatre communistes assassinés à la sortie de Bugeat, les rafles de familles juives sur dénonciation... Rien sur l’épuration. «Tout cela a maintenu un climat et des communistes actifs», termine l’ex-maire de Tarnac. La période exacerbe aussi la méfiance envers les cousins socialistes. Charles Spinasse, ministre du Budget dans le gouvernement du Front populaire et conseiller général du canton voisin d’Egletons a fait dans la collaboration active avec Vichy. Alors, quand on parle de socialistes à d’anciens résistants comme Jean Madrange, 85 ans, la réponse est claire : «Ils ont trop trahi ! De tout temps ! Ici, quand on a une parole, on la tient !» Fatigué, le vieil homme rondelet a du mal à sortir de son fauteuil. Béret brun sur la tête, le sourire ne le quitte pas lorsqu’il parle du «Parti» : «J’ai adhéré au PCF en 1942 et j’y suis toujours. J’ai fait toutes les fêtes de l’Humanité. Sauf la dernière.»

DSC08220                                                Denise Brédimus

Depuis soixante ans, on cultive à Bugeat la mémoire de cette Résistance en partie rouge. Fille d’un père ouvrier dans une usine de bois et d’une mère déportée à Ravensbrück pour son aide apportée aux maquisards, Denise Brédimus, 82 ans, écharpe rouge sur col roulé vert pomme, dit avoir «hérité du gène communiste de ses parents». Militante en région parisienne, elle a perdu une «camarade» en 1962 lors de la manifestation contre la guerre d’Algérie, métro Charonne, réprimée par la police. Pour sa retraite, elle est revenue dans son village de Gourdon-Murat. Dans la salle des fêtes du village, elle tient une exposition sur Damien Magnaval, un communiste du coin, mort à 34 ans lors de la guerre d’Espagne. «Avant d’aller au cimetière, il faut que je continue à militer», dit-elle. Lecture de l’Humanité et de l’Echo, quotidien «coco» de la région, réunions de section, manifestations à Tulle contre les retraites ou les fermetures de bureau de poste. Elle se désole de la perte des services publics en milieu rural. Comme Pierrot Lagnitre : «Nous sommes dans une région où tous les services publics foutent le camp, ça incite à se bouger ! Pour un permis de construire, il faut aller à Ussel, à 60 kilomètres !»

«Les déceptions ont fait pas mal de dégâts»

 

«On se bagarre au quotidien pour nos services publics», confirme le conseiller général du canton, Christophe Petit, 42 ans et maire de Lestards, 113 habitants. L’élu est UMP. Tendance chiraquien. «Mais là-dessus, y’a pas de couleurs politiques», défend-il. Si Christophe Petit a été élu en 2004, en partie grâce à l’absence sur le terrain du sortant PCF Christian Audoin, l’élection d’un UMP dans ce canton interpelle. «La tradition communiste se perd», confirme Danielle Terracol. Exemple à Tarnac : le maire est de droite. «Le vote communiste reste mais il s’effrite, poursuit l’élue. Les gens meurent et les retraités qui viennent s’installer ici ne sont pas forcément acquis au PCF.» Ils sont plutôt socialistes, voire de droite.

 

En 1920, après le congrès de Tours, la Corrèze comptait 3 000 adhérents PCF. Ils ne sont plus que 900 en 2010. «On est loin de ce qu’on pouvait avoir il y a des années. On n’a pas d’université. Les jeunes partent à Limoges ou sur Toulouse, justifie Pascal Bagnarolle. On arrive à faire se rencontrer tout un paquet de gens mais les faire passer à l’adhésion, c’est plus compliqué, poursuit-il. Et puis, à une époque, on a été frileux pour pousser aux adhésions avec ce qu’il se passait dans les pays de l’Est. On était sur le retrait alors que lorsqu’on prend leur demande, ils ne disent pas tous non.» Le rapport Khrouchtchev, l’après programme commun, les participations aux gouvernements Mauroy puis Jospin.«Les déceptions ont fait pas mal de dégâts», dit Jean Plazanet. La relève ? «On ne la voit pas trop», regrette Denise Brédimus. Les réunions de sections se font plus rares, autre signe du vieillissement : «C’est pas du tout le même rythme ici. Autrefois, il y avait des réunions de cellules une fois par semaine ou tous les quinze jours. Aujourd’hui, on se rencontre selon les événements», ajoute-t-elle. Le déclin s’illustre aussi à travers les fêtes de de section. Celles de Tarnac et de Bugeat ont disparu. Il ne reste plus que celle de Pradines : 300 participants chaque année pour un village de 100 habitants.

 

Dans le canton de Bugeat, le communisme rural arriverait-il à la fin d’une existence que ses acquis historiques maintenaient encore active ? «Non ! On a des enfants qui votent communistes !», lance Danielle Terracol dans un cri de survie. Mais l’élue concède dans la foulée : «Quand on perd des cantons, c’est que quelque chose se passe.» «Si on repart sur de bonnes bases, on peut retrouver une influence dans les urnes», espère Jean-François Ensergueix, maire de Grandsaigne et candidat à 50 ans aux prochaines cantonales. Devant sa cheminée, Jean Plazanet parle des jeunes venus s’installer à Tarnac, Julien Coupat en tête. Eux sont anticapitalistes, pas au PCF. Le vieil homme en est persuadé : «Le vote communiste va repartir. Peut-être sous une autre forme, une autre appellation.»

 

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O
<br /> <br /> nous sommes une commune communiste depuis plus de 71 ans, et je te jures Dany, que nous sommes de plus en plus nombreux a le regretter<br /> <br /> <br /> c'est un bordel monstre et notre maire vend a tour de bras propriétés communales, stades et gymnase, passe le PLU en force et refuse les injonctions du tribunal administratif, plus rien a voir<br /> avec les anciens<br /> <br /> <br /> bisous<br /> <br /> <br /> le comble, il s'est mis la CGT et  le personnel communal a dos, + les verts et les socialistes j'y comprend plus rien<br /> <br /> <br /> <br />
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I
<br /> <br /> J'ai lu avec attention... on est avec Kléber d'anciens Bagnoletais!!! c'est triste cette situation! Le pouvoir corromp tout le monde! Mais vous allez bien réussir à le virer!<br /> <br /> <br /> Bises<br /> <br /> <br /> Dany<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> <br /> tu m'fais rire avec le coco local ... moi c'est celui que je lis quand je viens au pays, pas le popu !<br /> <br /> <br /> je te souhaite une bonne année Dany ainsi qu'à Kléber, bonne santé surtout<br /> <br /> <br /> Bises<br /> <br /> <br /> <br />
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L
<br /> <br /> un peu loin pour moi faire la visite ....<br /> <br /> <br /> gros bisous et contente d'avoir de tes nouvelles ....<br /> <br /> <br /> prend soin de toi<br /> <br /> <br /> bonne soirée ici sous la pluie<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> C'est impensable de voir le parti communiste en cet état. Que de militants de bases l'ont quitté parce que les responsables nationaux étaient souvent coupés de la base. Ce fut aussi le même<br /> problème à la CGT.......<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Bonne journée avec bises !!<br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Un article très intéressant. C'est vrai que dans les familles ont était souvent communiste sur plusieurs générations. Le communisme est mort et les communistes d'aujourd'hui sont les socialistes<br /> d'hier qui eux flirtent avec la droite tout de même.<br /> <br /> <br /> La soeur de ma grand-mère maternelle avait épousé un Monsieur PLAZANET.<br /> <br /> <br /> Bises et ...<br /> <br /> <br /> <br />
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